« La liberté du Christ » : rencontre avec Louis-Marie Chauvet

Une conférence en Zoom à ne pas manquer le Jeudi 18 janvier 2024, 19:00 – 20:30

Professeur émérite à l’Institut catholique de Paris, le père Louis-Marie Chauvet a enseigné la théologie des sacrements et de la liturgie. Il a développé une théologie fondamentale de la sacramentalité dans son œuvre principale: Symbole et sacrement (Cerf, 1987). ll a récemment publié: Dieu, un détour inutile? (2020)) La messe autrement dit, Retour aux fondamentaux (Salvator, 2023) et Drôlement Dieu! Huit paraboles de Jésus ( Cerf, 2022).

Pour s’inscrire, merci de cliquer sur le lien Hello Asso ci-dessous. Une contribution de 6€ vous sera demandée pour couvrir les frais.

https://www.helloasso.com/associations/baptise-e-s-du-grand-paris/evenements/conference-du-pere-l-m-chauvet-sur-la-liberte-du-christ

Vous recevrez le lien ZOOM avant la rencontre.

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Bénir des couples homosexuels… de quoi parle-t-on ?

Une réflexion proposée par Pascal Wintzer, archevêque de Poitiers

Article extrait du site du Diocèse de Poitiers

Il semble que l’actualité dans l’Église catholique, en ce tournant d’année, soit marquée par les réactions qui s’expriment au sujet du document du Dicastère pour la Doctrine de la foi, Fiducia supplicans, disant une bénédiction possible pour des personnes vivant en couple, mais de manière irrégulière. Les débats, légitimes, qui surgissent peuvent offrir l’occasion d’apporter quelques précisions permettant de mieux situer ce texte romain, surtout de mieux éclairer les relations entre les personnes.

  • Sommes-nous des « irréguliers » ?

D’abord, arrêtons-nous à ce qualificatif, situations « irrégulières ». Il est estimé infamant par certains, marginalisant des personnes, homosexuelles, ou encore remariées civilement après un divorce. La difficulté vient que ce mot est compris comme posant un jugement moral, or, il faut l’entendre pour ce qu’il exprime, une situation juridique. On peut en effet ne pas satisfaire aux préceptes légaux qui ouvrent au sacrement de mariage dans l’Église catholique. A la fois les textes du Nouveau Testament et la pratique subséquente des Églises comprennent le mariage, qui deviendra un des sept sacrements, comme l’union d’un homme et d’une femme qui se donnent l’un à l’autre pour la vie, de manière indissoluble.

Pendant de nombreux siècles, ceci a correspondu à un lien édifiant la famille, la société, garantissant la transmission d’une lignée, aussi de biens, meubles et immeubles… et en plus, s’ils s’aiment ! Ce n’est que récemment, surtout en Occident, que le mariage est avant tout devenu l’expression d’un lien amoureux, conduisant à en supprimer tous les autres éléments, voire à les considérer de manière négative. Alors, lorsqu’il est question de « régularité », c’est bien de droit dont il est question, non de sentiments, encore moins de bonnes mœurs.

  • Aucune remise en cause du sacrement de mariage

Ceci posé, on comprend que l’Église catholique ne peut remettre en cause ce qu’elle reçoit au sujet du sacrement de mariage. Cependant, celui-ci ne saurait tout dire des liens qui unissent deux êtres humains. Il ne s’agit pas, en effet, d’ouvrir le sacrement de mariage à des personnes qui, déjà mariées, divorcées ensuite, voudraient contracter un nouveau sacrement de mariage ceci ne se peut. De même, ce sacrement suppose qu’il lie un homme et une femme, et non deux personnes du même sexe. Pour autant, de telles situations sont fréquentes, davantage certes pour les divorces. Faudrait-il alors supposer que leur situation les condamne à être considérés comme en état permanent de péché mortel ? Répondre par l’affirmative conduirait à traduire en terme moral ce qui est d’ordre juridique.

En ouvrant la possibilité de donner une bénédiction aux personnes qui font ces choix humains, l’Église catholique estime que Dieu ne les condamne pas, ne les considère pas comme des pécheurs invétérés ; elle fait le choix d’être la messagère de Dieu qui « dit du bien » de ces personnes et accompagne les liens qui sont les leurs. Il y aurait une forme d’hypocrisie à poser une distinction entre les personnes, uniquement regardées comme des individus, et ce qui est décisif pour leur vie, ici un choix de couple, de famille. Nous nous trouvons au croisement de plusieurs dimensions, le juridique, le moral, l’affectif, et il faut ajouter le religieux. On ne peut les séparer ni les isoler, évidemment, mais les confondre n’aide pas à bien poser les choses.

  • Respect des cultures ou respect des droits humains ?

Le refus d’accueillir les propositions romaines relève de divers ordres. Il y a, surtout pour les pays du sud, l’Afrique sub-saharienne essentiellement, quelque chose qui heurte des manières de pensée locales, partagées tant par les autorités politiques que religieuses. Il m’est parfois arrivé d’entendre ce propos : « Il n’y a pas de question au sujet du ‘’mariage pour tous’’ en Afrique, tout simplement parce qu’il n’y a pas d’homosexuels chez nous ! » Pourquoi alors ces réactions à ce texte romain ? Trêve d’ironie. L’homosexualité est une réalité qui marque des hommes et des femmes, et non le fruit d’une influence délétère venue de l’Occident. Loin d’être une perversion – la perversion est ou une maladie psychique ou une faute morale – l’homosexualité est un fait. Le rappeler participe à la reconnaissance qu’il y a de l’universel dans l’humanité, et non simplement du culturel. Des chrétiens qui croient au Dieu créateur ne peuvent remettre en cause cet universel qui fonde la dignité de chaque être humain, quel que soit son sexe, sa religion, ses opinions, et même son orientation sexuelle.

Alors que le pape François est tant attaché à une forme de décentralisation de l’Église, à la prise en compte du spécifique des histoires et des cultures, des Églises locales aussi, on pourrait s’étonner qu’un texte universel, romain, soit publié sur ces sujets du mariage, du couple, de la famille, de la sexualité. Ne conviendrait-il pas de mieux respecter les diversités qui s’expriment dans les continents à ce sujet ? Le choix romain manifeste que, pour le Saint-Siège, il s’agit, en l’espèce d’un universel humain. En quelque sorte, la dignité des personnes et le respect de leurs droits ne peut se modifier au gré du bon vouloir des uns et des autres. Distinguer le juridique et le moral n’entend pas relativiser ce dernier mais le situer plus justement, tout particulièrement mesurer que ses enjeux sont aujourd’hui davantage situés dans la défense du respect de chacun, de sa liberté, que dans celle de droits patrimoniaux, voire de transmission familiale. C’est tout ce qui ressort du pouvoir, de l’emprise, de la domination que notre époque, très heureusement, condamne.

  • Comprendre l’inquiétude des familles

Un autre motif au refus de la bénédiction de couples homosexuels tient, et certainement davantage en Occident, au « mauvais exemple » que ceci pourrait donner aux enfants et aux jeunes. Je peux comprendre que des parents puissent redouter qu’un enfant ne se découvre homosexuel, mais comment penser qu’une éducation stricte et surtout des préceptes juridiques religieux seraient d’un quelconque poids face à ce que découvre un jeune de lui-même ? De telles attitudes génèrent plutôt des névroses, tant chez ce jeune que chez les parents. Ces derniers peuvent estimer que par mes propos je donne des leçons alors que, évêque, je ne suis ni marié, ni pacsé, ni père… les mêmes jugeant sans doute que l’ordination d’hommes mariés retirerait aux prêtres le caractère de sacré qui leur sied.

Des personnes faisant d’autres choix ont dit se sentir négligées, non soutenues du fait de la publication de Fiducia supplicans. Lorsque l’on a choisi de ne pas se remarier après un divorce, ou bien, se sachant homosexuel, s’abstenir de construire une vie de couple, et lorsque les motifs de ces choix sont inspirés par le respect de l’enseignement de l’Église catholique, c’est même une forme de trahison qui est éprouvée. Comment ne pas sentir ces souffrances ? Surtout, comment exprimer que le choix de certains n’est pas une insulte ou un désaveu du choix des autres ? Plus profondément, devant sa conscience et devant Dieu, je crois que nos choix personnels doivent être motivés non par une contrainte extérieure, qui peut certes les soutenir, mais par une décision libre et gratuite. Même des choix héroïques, qui sont vécus parfois dans de vrais combats intérieurs, ne peuvent être posés dans l’attente d’une quelconque récompense. C’est en effet sous la loi de la grâce que nous place l’Évangile.

  • Dieu présent à la vie telle qu’elle est

Fiducia supplicans pose des distinctions quant aux formes que pourrait prendre ces bénédictions, mais surtout invite les Églises locales, tenant compte des précisions apportées par ce texte à faire preuve de créativité. Certainement que les diocèses de France, s’appuyant sur leurs pratiques, concernant ce qui existe au profit des couples remariés, des personnes homosexuelles, mais aussi des obsèques, pourraient souligner que les ministres ordonnés ne sont pas les seuls en capacité d’être les témoins de l’amour du Seigneur pour les personnes. Des laïcs, des consacrés, au nom de leur baptême et d’une mission reçue peuvent être témoins de Dieu et de l’Église et porteurs, soit de la bénédiction de Dieu, soit de sa simple présence aimante auprès des personnes dans ce qu’elles vivent de profond dans leur vie. Et parler de « présence » ne minimise en rien ce qui est exprimé, ce mot étant la manière dont Dieu lui-même se révèle à Moïse (cf. Exode 3, 14).

  • Un seul mot, une diversité de sens

Enfin, puisqu’il s’agit de distinguer des mots, l’origine des confusions tient au mariage lui-même. Il est en effet une réalité qui s’exprime de diverses manières – on pourrait en dire autant du mot « famille ». Ainsi, avant d’être un sacrement, le mariage est une réalité naturelle, une des expressions les plus fondamentales qui exprime ce qu’est l’humanité, le lien entre deux êtres. Pour les catholiques, il pourrait donc être bénéfique de mieux exprimer cette distinction en manifestant davantage ce qu’a d’original le sacrement. Je m’étais déjà interrogé à ce propos (cf. En chemin vers le Synode. Proposer une espérance aux familles. Bayard, 2015) envisageant que l’expression religieuse à l’occasion d’un mariage puisse ne pas uniquement s’exprimer dans la célébration d’un sacrement, qui suppose une participation consciente à la foi chrétienne, une manière de comprendre et d’en vivre les sacrements fondamentaux que sont le baptême, la confirmation et l’eucharistie. Ce choix est désormais ouvert pour les personnes en « situation irrégulière », j’estime que cette pratique pourrait être étendue. C’est bien ce qui est propre à chacun qui demande à être pris en compte. Il faut rappeler que le droit de l’Église en fait sa priorité en mentionnant, en toute fin du Code de droit canonique que : « le salut des âmes doit toujours être dans l’Église la loi suprême » (article 1752).

Sans doute que ces distinctions au sujet de mots, de leur sens peuvent sembler secondes au regard des enjeux du débat. J’aimerais penser qu’en saisissant mieux ce que nous disons, faisant preuve de nuance, nous pourrons mieux honorer les personnes.

+ Pascal Wintzer

Archevêque de Poitiers

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Assemblée Générale le 27 janvier 2024

La Conférence Catholique des Baptisé.es 44 vous invite à son Assemblée Générale annuelle le samedi 27 janvier 2024 de 10h à 12h30 à l’église St Bernard, 2 avenue Abel Gance, Nantes, suivie d’un pique-nique tiré du sac

Programme :
10h : Accueil et présentation
10h 15 – 11h : Assemblée Générale statutaire de l’Association CCB44

  • Rapport d’activités avec un rappel de l’existence des différents groupes
  • Rapport financier
  • Appel à cotisations
  • Appel à candidatures pour le CA et d’autres missions

11h : Perspectives d’avenir et Partage de nos convictions
Synode diocésain et chantiers… Suite
Projets pour 2024
Site Internet et lettre d’information
Infos et Questions diverses.

12h30 : pique-nique tiré du sac pour celles et ceux qui le souhaitent

Pour une meilleure organisation, merci de nous répondre par retour de votre présence.

télécharger l’invitation

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Noël, c’est toute une histoire… : la nôtre

de Marie Christine BERNARD
Au fond de nous.
Dans la paille qui reçoit nos fatigues et nos misères.
Dans la nuit qui nous prend si souvent.
Là, au point précis d’où nous naissons à nous même,
au creux de là où nous ne pouvons pas,
ne pouvons plus mentir.
Au ras du sol de notre réel,
là où nous avons soif de vérité,
soif d’être vrai,
vrai et juste avec nous-même, les autres, le monde.
A l’endroit palpitant en silence
dans l’attente d’une joie inviolable.
Là, le Tout Autre prend forme.
Il attend que nous laissions son souffle
animer nos personnes,
habiter nos personnalités,
révéler notre identité,
épanouir notre humanité.
Appelons le Amour, Esprit, Vie…
Tout se rejoint en lui et rien ne le capture.
Il espère juste notre hospitalité.
Il cherche à faire sa demeure chez nous,
pour notre plus grand bonheur.
Oui, Noël c’est toute une histoire…: la nôtre

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Les fondements du christianisme libéral

par Raphaël Picon publié le 13 décembre par Garrigues et sentiers

Cet article est présenté à la suite de la question que posait récemment Robert Ageneau : Une aile libérale est-elle possible dans le catholicisme? Il a été publié en avril 2014 par le regretté Raphaël Picon dans la revue Évangile et Liberté.

Quels sont les fondements du christianisme libéral ? Qu’est-ce qui rend libéral le christianisme (à la fois dans sa pensée théologique, sa réflexion sur Dieu et dans ses pratiques, sur la vie chrétienne). Je ne vais âs parler ici des fondements historiques de ce protestantisme (sujet souvent abordé dans Évangile et liberté), mais je vais parler des fondations théologiques de ce christianisme libéral.

J’aimerais faire deux petites remarques pour commencer. Ce christianisme libéral peut être défini de différentes manières et sa définition a varié dans le temps. Ce qu’on a pu dire du protestantisme libéral au XIXe siècle est différent de ce que nous pouvons en dire aujourd’hui. Je vais principalement parler ici du protestantisme libéral tel que nous l’animons dans les colonnes d’Évangile et liberté, depuis maintenant huit ans. Continuer la lecture

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Convertissez votre curé à la synodalité

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Publié par René Poujol le 4 décembre Voici donc l’Église catholique à la mi-temps d’un Synode sur la synodalité dont on sait qu’il concrétise le cœur du « programme » du pontificat du pape François. Même s’il n’est pas toujours compris des … Continuer la lecture

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« Humaniser selon l’évangile » de Jean-Pol Gallez

L’Église catholique est en crise, nul ne peut plus l’ignorer. Son lien multiséculaire à la société est en voie de se rompre. Les contributions en tout genre se sont accumulées sur le sujet depuis une dizaine d’années. Les analyses historiques, sociologiques ou structurelles ne manquent pas. Les approches fondamentales sont par contre nettement plus rares. Au milieu de l’été 2020 disparaissait l’un des plus grands théologiens de notre temps.

Joseph Moingt laisse une œuvre considérable bâtie sur une longue carrière d’enseignement de la théologie et de dialogue avec le monde. Ses ouvrages grand public ont connu un franc succès. Ils ouvrent pourtant des pistes de travail inestimables fondées sur la nature profonde du christianisme abordé dans son lien originel avec la raison. L’ambition du présent ouvrage consiste à restructurer et dédensifier cette  » somme  » pour en faciliter l’accès et encourager sa lecture.
Une idée maîtresse guide le parcours proposé : l’Église peut d’avance renoncer à toute réforme interne et à toute audience du monde si elle ne renouvelle pas sa pensée en redécouvrant la révolution spirituelle engendrée par l’idée chrétienne de Dieu. Pour ce faire, Moingt appelle tout chrétien à développer une « foi critique  » de ses présupposés et de sa tradition. Le jésuite français fait ainsi le pari qu’un espace de reconnexion peut à nouveau s’ouvrir entre le christianisme et la société occidentale à l’heure où celle ci se défait de la religion chrétienne, en grande partie sous la poussée de l’Évangile.
Une voie d’humanisation spécifiquement chrétienne reste disponible à quiconque s’ouvre au travail universel de l’Esprit en faveur de la liberté et de la fraternité.

« Humaniser l’évangile – Clés de lecture pour comprendre Joseph Moingt » – Éditions Karthala – septembre 2023

Jean-Pol Gallez, juriste et docteur en théologie  à l’Université Catholique de Louvain – Belgique

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Prêtres… et demain ?

Auteur Jacques NEIRYNCK


La pratique du célibat sacerdotal imposé devrait-elle évoluer ? Six prêtres – ou anciens prêtres – romands plaident pour l’abolition de cette doctrine. Ils publient Prêtres… et demain ? aux éditions Saint-Augustin.

Ce livre est le résultat d’un travail entre six prêtres romands, dont trois ont persévéré dans le ministère tandis que trois autres en sortaient pour se marier. Ce sont autant de personnalités bien connues qui ont exercé une foule de fonctions : professeur de théologie, curé, auteur, guide de montagne, directeur de ressources humaines, consultant, sans parler de la paternité. Ils s’expriment en toute liberté dans un pays où la démocratie est impérative.

Leur conclusion la plus frappante est nette et proclamée. Il faut que les prêtres aient le libre choix entre mariage et célibat. Ceux qui sont restés célibataires en soulignent les vertus, tout comme les autres qui chantent les louanges de la conjugalité. Ils précisent que ce choix doit rester ouvert et qu’en particulier les prêtres mariés devraient être rappelés au ministère s’ils le souhaitent. Ils ne s’embarrassent ni d’un préambule historique, ni de dissertations sur la sexualité. Leur motif est « la liberté de l’Évangile et un plus riche service du peuple de Dieu ».

 

Cette prise de position n’est pas l’initiative de ce petit groupe. Elle rejoint les conclusions du Synode des diocèses de Suisse en 1972 réclamant la possibilité pour les évêques d’ordonner des viri probati. Cette revendication fut formulée dans les termes les plus mesurés, selon la coutume helvétique, mais elle était ferme et claire : la règle actuelle n’est ni souhaitable, ni obligatoire, ni réaliste. Force est de constater que 27 ans plus tard, Rome n’a toujours pas bougé comme si ce sentiment unanime d’une Église nationale, rejointe sans doute par bien d’autres, n’avait aucune valeur.

Mais cette doléance n’est que la conclusion d’un livre beaucoup plus riche en témoignages humains et spirituels. Ces six hommes portent en fin de vie un regard heureux, serein et apaisé sur leurs existences quelles qu’en aient été les aléas. Il n’y a pas de place pour l’amertume, les regrets stériles, la hargne. La foi continue à les habiter et à les réjouir, même ceux qui ont quitté le ministère

La CCBF a entrepris un travail analogue avec sa rubrique « Garder la mémoire des prêtres aînés » qui mériterait une publication. Ce serait l’occasion de comparer les expériences des prêtres de part et d’autre du Jura. Cela soulèverait trois rapprochements.

Contrairement à la France, la Suisse soutient activement le clergé par le biais des Cantons, qui le rémunèrent souvent de façon très généreuse. La laïcité dogmatique n’a pas de place. Il est plus facile de vivre sa condition de prêtre dans une relative aisance. La richesse de la Suisse lui permet de mieux gérer ses religions. Dans cette situation privilégiée, le prêtre, sans problèmes matériels, a le temps d’une vie spirituelle.

L’existence d’une forte proportion de réformés en Suisse induit des constatations évidentes. Si un pasteur marié remplit aussi bien sa fonction qu’un prêtre célibataire, quel est le sens du célibat de ce dernier ? La France paie lourdement les crimes qu’ont constitués la Saint Barthélémy et la révocation de l’Édit de Nantes. On parle trop souvent en France de l’Église, comme s’il n’y en avait d’autres que la catholique. Celle-ci a trop été mêlée au pouvoir politique en tant que religion d’État pour ne pas subir des réactions d’hostilité.

En revanche, les témoignages aussi bien suisses que français possèdent la même tache aveugle : l’abjuration massive des chrétiens pratiquants. Même si ce n’est pas seul critère de mesure de la foi, l’abandon des rites, du baptême, de la confirmation, du mariage devrait poser une question fondamentale à tous ceux qui ont vécu cette rupture en tant que prêtres en un demi-siècle. On doit se demander si ce sont pas vraiment les fidèles qui ont déserté les églises, ou si ce sont plutôt les Églises qui ont abandonné les croyants. Cette question n’est jamais franchement abordée et c’est la seule lacune de ce livre qui mérite d’être chaudement recommandé : beaucoup de problèmes de l’Église de France ne sont peut-être que des problèmes franco-français.


Jacques Neirynck

Voir aussi cette vidéo sur Youtube avec Maxime Morand et Claude Ducarroz, qui ont tous deux participé à la rédaction de cet ouvrage : https://www.youtube.com/watch?v=rXKMVuiIE4A .

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Se réformer ou mourir – sept théologiennes prennent la parole

Un livre paru aux éditions Salvator paru le 26 octobre 2023
Extraits du site des Éditions Salvator
Une barque qui prend l’eau de toutes parts…» On se souvient des propos du cardinal Joseph Ratzinger au Colisée le 25 mars 2005, peu après la mort de Jean-Paul II. Deux décennies plus tard, l’Église catholique est confrontée à une tempête hors du commun. Affaiblie par la sécularisation, la baisse de la pratique religieuse, la raréfaction des vocations et l’effacement des cadres institutionnels, celle-ci fait face désormais à la crise des abus sexuels et spirituels. Devant une telle conjonction de facteurs défavorables, nombreux sont ceux qui s’interrogent. L’Église a-t-elle un avenir? Ne se trouvent-elle pas devant un choix radical: se réformer ou mourir? Sept femmes théologiennes prennent ici la parole. Elles évitent le double écueil du pessimisme destructeur et de l’optimisme béat et proposent une approche qui s’appuie sur une expertise biblique, théologique mais aussi sociologique et pastorale. Sont abordés les sujets les plus urgents : les leçons de la crise des abus, la place faite aux femmes, la synodalité, l’accueil des plus pauvres et les défis de l’inclusion dans le monde contemporain. Il est temps d’oser vivre l’Évangile avec détermination et courage, sans avoir peur d’opérer de nécessaires – mais parfois rudes – conversions individuelles et collectives. Ce livre réunit les réflexions de sept théologiennes chrétiennes engagées sur le terrain ecclésial: Laure Blanchon, Isabelle de La Garanderie, Véronique Margron, Anne-Marie Pelletier, Lucetta Scaraffia, Anne Soupa et Marie-Jo Thiel. Elles ont toutes publié des ouvrages qui ont eu un large écho médiatique.

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Soyons attentifs à l’Esprit qui nous pousse à aimer la vie (échos de la rencontre avec Marie-Christine Bernard

Relus par Marie-Christine
Marie-Christine Bernard, théologienne, et spécialisée en anthropologie, était parmi nous les 6 et 7 octobre 2023.
Le vendredi soir, plus de 150 personnes étaient présentes pour assister au spectacle « Et si Dieu était laïc ? » écrit par Marie-Christine et mis en scène par Odile Menant.
« Un one-woman show au style direct qui vient questionner la laïcité de Dieu et nous entraîne progressivement de la question du bonheur et du malheur à la place que nous laissons à la vie spirituelle ». C’est le petit résumé qui se trouve en 4ème de couverture du livre qui reprend le texte du spectacle.

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