Quelle place pour les femmes dans l’Église ?

 

 

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Publication dans le journal Ouest-France du 8 mars d’Anne Soupa à propos de la place des femmes dans l’Eglise

 

La dernière forteresse

« On n’efface pas deux mille ans (et plus !) de soumission féminine en une génération. Il est assez normal que cela tangue, avec des crispations réactionnelles et des avancées incertaines. La dernière forteresse anti-égalitaire est la sphère religieuse, où règne un patriarcat masculin.

 

« On n’efface pas deux mille ans (et plus !) de soumission féminine en une génération. Il est assez normal que cela tangue, avec des crispations réactionnelles et des avancées incertaines. La dernière forteresse anti-égalitaire est la sphère religieuse, où règne un patriarcat masculin.

« Ainsi la voix de certains imams appelle les femmes musulmanes à la soumission envers leur mari et frères, même pour les actes les plus ordinaires de la vie.

« Ainsi, Janine Elkouby a dû porter plainte auprès du Tribunal administratif pour obtenir, en 2006, que les femmes soient éligibles aux Consistoires concordataires juifs. Enfin, dans l’Église catholique, les femmes sont interdites d’homélies, de prêtrise, de diaconat, de cardinalat et de papauté.

« Elles sont pourtant nombreuses dans les églises, poussées ni par le prestige de la crosse ni par le frou-frou des dentelles, mais par leur foi, tout simplement. Elles catéchisent, animent les aumôneries, assurent le bulletin paroissial, l’accueil et souvent l’entretien des locaux. Et la presse et l’édition catholiques, si elles perdaient leurs lectrices, seraient en grand péril.

« Quelques femmes accèdent à des responsabilités, strictement contrôlées : Monique Baujard est directrice du Service Famille et Société de la Conférence des évêques de France, (avec un président… évêque) et Lucetta Scaraffia règne sur… la feuille féminine de l’Osservatore Romano. Mais la majorité des femmes qui permettent à la Maison-Église de tourner sont des petites mains. Car le plafond de verre souvent dénoncé est, dans l’Église catholique, en béton armé. Théologiquement armé.

« Depuis cinquante ans, le Magistère a échafaudé un puissant édifice défensif contre les visées égalitaires des femmes, menaçant même de sanction les théologiens qui publieraient sur le sujet. Déjà, le raidissement s’est affirmé en 1968 avec Humanae Vitae qui dénie aux femmes la libre disposition de leur corps.

« Puis, en 1995, à la Conférence des Nations unies de Pékin, le Vatican s’aligne sur les plus rétrogrades des États en considérant que les droits humains dépendaient du sexe.

« Parallèlement, Jean-Paul II durcit l’interprétation du chapitre II du livre de la Genèse, voulant y dénicher la vocation de la femme, celle d’aider l’homme par la maternité. Mais il surinterprète un texte qui prône simplement l’entraide mutuelle entre tous (1).

« Intimidation ensuite, quand Benoît XVI déclare que l’ordination d’une femme est aussi grave que la pédophilie (2).

« Enfin, dans un certain nombre de diocèses, les fillettes disparaissent du service de l’autel, sans aucun fondement théologique, au bénéfice- espère-t-on -de vocations masculines.

Ces aveuglements successifs font fuir beaucoup de femmes. Quelle perte pour l’Église ! Ils illustrent l’abîme qui s’est creusé entre la parole libératrice de Jésus, qui ne regarde que l’être humain (3), et le corps des prêtres qui, en cette matière, n’est plus que l’écho d’une culture révolue. On a envie de leur dire :
« N’ayez pas peur, l’Évangile est un bon maître ! »

ANNE SOUPA

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