Jésus – Approche Historique de José Antonio Pagola

 

   José Antonio Pagola, Jésus. Approche historique, (traduction de Gérard    Grenet), Lire la Bible, Paris, Éditions du Cerf, 2012

     Nous faisons nôtre sans difficultés cette présentation du Jésus. Approche historique de J.-A. Pagola très connu et respecté en Espagne, comme un exégète né dans le sillage de Vatican II, qui, dans son Avant-propos, indique pourquoi il a écrit ce livre. C’est, écrit-il, parce qu’il croit que « Jésus est le meilleur de ce que l’humanité a produit, le plus admirable potentiel de lumière et d’espérance sur lequel peuvent compter les être humains. » C’est pourquoi, souffrant d’entendre parler de lui de manière imprécise ou d’entendre toutes sortes d’idées reçues ou encore de voir comment on peut décaler inconsciemment le véritable projet de Jésus, combien il est aisé de mutiler son message en retranchant ce qui en fait la Bonne Nouvelle, il se propose de mettre à la portée des hommes et des femmes d’aujourd’hui sa personne et son message, et ce, en toute rigueur scientifique, et dans la langue la plus simple.

Pour mener son travail de recherche sur Jésus, J.-A. Pagola suit les méthodes opératoires de la critique historique scientifique. Il s’est efforcé de mener ses recherches sur Jésus à partir de toutes les sources littéraires disponibles, étant entendu que les quatre évangiles sont indubitablement la source la plus importante et la plus décisive. Avec J . P. Meier, il ne croit pas que « les sources rabbiniques, les agrapha, les évangiles apocryphes et les codex de Nag Hammadi (en particulier L’Évangile de Thomas nous offrent une information nouvelle et fiable, ni des apports authentiques et indépendants du Nouveau Testament ». Mais comme la recherche moderne ne se limite pas à l’étude critique des sources littéraires, mais s’étend à toutes les méthodes et les sciences, notre auteur demeure à l’écoute des apports les plus significatifs de l’archéologie, de l’anthropologie culturelle, de la sociologie des sociétés agraires du bassin méditerranéen, de l’économie. Ainsi avons-nous une meilleure vision du contexte galiléen des années 30 du Ier siècle, en projetant un nouvel éclairage sur l’activité de Jésus, sur son message, son style de vie.

C’est, selon nous, cette vision qui est la marque de cet ouvrage qui, rédigé dans une langue fluide, sans mots techniques, met à la portée de n’importe quel lecteur ce que la recherche contemporaine peut dire avec certitude sur Jésus, de sa naissance à sa mort. Précisons que les chapitres qui le composent ne se présentent pas comme des échelons d’une histoire biographique de Jésus. Les treize premiers chapitres dont nous indiquons les titres nous le rendent familier en ébauchant peu à peu ses traits principaux : Un juif de Galilée (1), Un habitant de Nazareth (2), La quête de Dieu (3), Le prophète du Royaume de Dieu (4), Le poète de la compassion (5), Celui qui rendait la santé (6), Le défenseur des exclus (7), Le défenseur de la femme (8), Le maître de vie (9), Le créateur d’un mouvement réformateur (10) , Le croyant fidèle (11), Le martyr du Royaume de Dieu (13). En toute logique, cette étude historique sur Jésus devait prendre fin avec l’exécution du calvaire, la résurrection n’étant plus du domaine de l’histoire terrestre de Jésus. Mais ne voulant pas clore son livre sur la croix, J.-A Pagola a ajouté deux chapitres : le chapitre 14, sur Jésus « ressuscité par Dieu », et le dernier, intitulé « À la recherche de l’identité de Jésus ».

Cette énumération pourrait donner l’impression que l’ouvrage est dépourvu de charpente. Il n’en est rien. Un fil conducteur unifie ces chapitres : l’incarnation du Royaume de Dieu en la personne de Jésus à travers ce qu’il est, ce qu’il dit, et ce qu’il fait. Prophète itinérant, il n’a pas expliqué directement son expérience du Royaume de Dieu, car, semble-t-il, il lui était difficile de communiquer en concepts ce qu’il vivait en lui-même. Mais il a su inventer des images, concevoir de belles métaphores, suggérer des comparaisons et, surtout, raconter superbement des paraboles qui captivaient et captivent toujours, et sont le meilleur chemin pour entrer dans son expérience du Royaume de Dieu. Poète de la miséricorde de Dieu, Jésus ne s’exprime pas seulement par des paraboles, mais aussi par des actes. Il parcourt les villages en soignant les malades, en expulsant les démons et en délivrant les gens de leurs maux, de l’indignité et de l’exclusion. Donnons un exemple : son comportement à l’égard des femmes qui constituaient un secteur profondément marginalisé de la société juive, magnifiquement décrit dans le chapitre 8, est particulièrement significatif : son expérience de Dieu le Père, défenseur des plus humbles, et sa foi en la venue du Royaume, ont conduit Jésus à agir de telle manière qu’il a mis en crise les coutumes, les traditions et les pratiques qui opprimaient la femme. Certaines femmes ont suivi Jésus de la Galilée jusqu’à Jérusalem, et ne l’ont pas abandonné, pas même lors de son exécution. N’étaient-elles pas des disciples de Jésus au même titre et avec les mêmes droits que les disciples masculins ? Comme la majeure partie des chercheurs, contemporains, J.-A. Pagola considère qu’elles étaient de véritables disciples.

Neuf annexes dont une chronologie et une carte de la Judée, fournissent divers renseignements sur les traits d’un profil historique de Jésus, sur les critères généraux d’interprétation, les sources littéraires, les critères d’historicité, les principales données archéologiques, sur la recherche actuelle sur Jésus, sur Jésus dans la science-fiction. Elles complètent cet ouvrage que son auteur a écrit pour réveiller dans la société moderne le « désir de Jésus », suggérer un chemin sur lequel on puisse « faire les premiers pas » vers son mystère.